Olympia 1967 "Sylvie et Johnny"

En Mars 1967, j'ai 17 ans ½  et cela fait déjà quelques années que nous nous retrouvons avec Jean-Luc, Josette, Patrick, Anne-Marie, Marie-Jo et les autres – surnommée la bande de Neuilly - à suivre Sylvie et Johnny dans leurs moindres déplacements, surtout parisiens.

Mais en ce début de printemps 67 l'objectif est plutôt enthousiasment, car la rue Caumartin va devenir pour nous et pour un certain temps notre quartier général. Sylvie entre en répétitions pour son Olympia prévu avec Johnny du 15 Mars au 16 Avril.

Une affiche tant attendue et un fronton de l'Olympia ou brilleront, en lettres rouges, les noms de mes idoles.

Nous avons la chance, à cette époque, que l'entrée des artistes s'ouvre sans difficulté. A force de suivre Sylvie partout on commence sérieusement à nous connaître ce qui fait que les coulisses n'ont plus de secrets pour nous.

Nous sommes quelques uns à avoir le privilège d'assister à toutes les représentations du couple. Sauf pour moi et pour cause !

Nous n'avons dans la salle, ni places réservées ou attitrées, mais nous nous retrouvons souvent en bas et à gauche de la scène près de l'entrée du bar de l'Olympia.

Dès notre entrée dans la salle, on sent particulièrement que l'ambiance est déjà bien présente. Les cris « Sylvie », « Johnny » fusent de toute part. L'Olympia est une cocotte minute.

L'arrivée sur scène de Sylvie tout de rouge vêtue dans sa robe de satin marque le début d'un concert très attendu mais à plusieurs titres « exceptionnel ».

Même après toutes ces années les chansons que Sylvie interprète lors de cet Olympia sont entrées dans mon quotidien avec des titres que j'ai adoré et que j'adore encore comme « Je n'ai pas pu résister » qui débute son tour de chant, « Deux mains » avec toute l'émotion que les paroles suscitent, « 2 minutes 35 de bonheur »  qui fait apparaître Carlos sur scène, notre tendre « informateur » sur les déplacements de Sylvie, « Par amour par pitié », etc.etc.

Puis c'est au tour de Johnny d’apparaître

sur scène, enfin pas vraiment puisque son premier titre « Les coups » l'idole l'entame des coulisses et lorsque sa silhouette de détache au fur et à mesure que la musique monte d'un cran, la salle explose !

Johnny est présent sur scène comme personne quant les premières notes de « Je suis seul » résonne dans la salle. Allongé sur la scène, en sueur et les yeux brillants je peux vous garantir que bon nombre de filles hurlant l'auraient bien consolé. « Y'a t il quelqu'un qui veut m'aimer ce soir ? » Waouh !

Je suis une fan de Sylvie et Johnny depuis leur début. Le couple qu'il forme depuis des années me séduit et durant de spectacle, je chante, je crie, j'applaudis comme tous les jeunes présents dans la salle. La musique, particulièrement les cuivres me donnent des ailes ce qui explique surement mon audace d'un soir. J'agis sans réfléchir, je suis en quelques secondes sur scène, face à Johnny... les yeux dans les yeux j'essayes de lui ôter sa cravate. Cette pulsion reste pour moi un mystère, car après avoir observé de nombreuses tentatives de jeunes filles voulant « braver » la barrière mais stoppées par des « gros bras » toujours présents en bas de la scène, je n'y pensais même pas. Pourtant, je suis devant lui en ayant passé les mailles du filet, mais pour peu de temps...

Mes mouvements sont décomposés car je me sens figée, incapable de bouger. Tout le monde hurle derrière moi. Cette immobilité me paraît soudainement très longue, lorsque je me sens soulevée avec fermeté et « jetée » quelques mètres plus bas et comme résonance, le crac fatal, aie aie aie, ma cheville. Pour moi c'est « Noir c'est noir » titre fort qui termine la prestation de Johnny.

Le lendemain, réveil douloureux ; bonjour docteur, j'ai une belle entorse.

Malgré la douleur j'attends la suite qui sera l'apothéose de ce concert. Sylvie apparaît dans son ensemble « Torero » noir et rouge plus rayonnante que jamais et Johnny chemise rouge sur pantalon noir. L'harmonie parfaite. C'est le délire dans la salle pour ce duo qui entame « Je crois qu'il me rend fou ». Ca balance fort, la salle est debout hurlant son amour à ses idoles. Sylvie et Johnny assis sur les marches de la scène tendent leurs mains au public qui campe devant eux avec dans les yeux le signe de ne pas vouloir les quitter maintenant.

Ce concert prévu pour trois semaines sera prolongé d'une autre semaine tant le succès est présent et indéniable. J'y étais...

Lily Boyer